
Mais bientôt, un héraut entra, et annonça qu’il était temps de se vêtir et de s’armer, et que l’heure de partir sur le champ de bataille était venue, la nuit étant tombée; le Roi ordonnait qu’ils se rendissent à la porte du palais, afin de l’y retrouver, et qu’il pût les saluer avant leur départ.
Les sept mortels valeureux se levèrent, se rajustèrent, prirent leurs armes, mirent leurs heaumes sur la tête, et, accompagnés de Solcum, le Génie d’or, suivirent le héraut, qui les mena au seuil du palais.
Là, ils virent que les portes d’or étaient ouvertes, et que le Roi, déjà présent, regardait l’horizon: les lueurs du couchant embrasaient le ciel, et les nuages en particulier ressemblaient à des flammes, ou à des volutes de sang. Saint Louis s’approcha, et le Roi, sans tourner la tête, mais ayant appris par on ne sait quel truchement qu’il était à portée de sa voix, dit: Vois, roi Louis, les traces des combats; la puissance d’Ornicalc ne cesse de grandir, et le sang de mes hommes s’élève dans le ciel, emplissant l’horizon, mêlant sa vapeur aux souffles putrides de la bête. Toi seul peux à présent les sauver, et me sauver moi. Ne sous-estime pas tes pouvoirs. Tu possèdes un collier qui en contient un plus profond que tu ne le sais; écoute bien mes paroles. Tu croiras être perdu sur cette terre d’immortels, et pour t’aider, je te donnerai pour compagnon le vaillant Solcum, qui te guidera. Mais tu verras que ta
puissance est bien plus grande, qu’à ton cou pend la source d’une force particulière, qui vient des plus hautes hauteurs.

Alors saint Louis regarda le collier qu’il portait; il était très simple, même si les anneaux en étaient d’or, et si une croix l’ornait, également d’or, mais avec en son centre un saphir rayonnant, reflétant l’éclat des astres même la nuit; aux quatre branches étaient des rubis, pareillement luisants, et des perles entouraient le saphir. Mais elle n’était point grosse, et saint Louis la portait depuis longtemps. Il remarqua cependant que le roi des génies à présent la fixait de ses yeux étincelants, et qu’une flamme semblait en sortir. Il se produisit alors quelque chose d’extraordinaire: la croix se mit à briller, sous le feu de ce regard, et à jeter une vive lueur, à la façon d’une lampe. Les compagnons de saint Louis, étonnés, s’en rendirent compte, et firent un pas en direction de leur maître; mais l’instant d’après le roi elfique détourna le regard et la croix redevint ordinaire, cessant de diffuser cette surprenante clarté, se contentant pour ainsi dire de refléter l’éclat du ciel du soir.
Maintenant il faut partir, reprit le roi immortel; tes chevaux t’attendent, et il en est un huitième pour Solcum, et un neuvième pour les provisions. Adieu. Puissent les dieux te seconder dans ta chevauchée! Et ayant dit ces mots, il embrassa le roi saint Louis, puis serra la main avec chaleur de chacun de ses six compagnons. Il s’adressa à Solcum, disant: Prends bien soin d’eux, ô chevalier! Tu es vaillant, mais des épreuves t’attendent, au bout de ce chemin; puisse ton cœur ne jamais défaillir, et la beauté de la Dame que tu aimes t’éclairer dans la nuit, te guider dans les ténèbres - astre qui jamais ne s’éteindra! Solcum inclina la tête, et jura qu’il était au service du Roi et de son peuple, et qu’il ferait tout pour mener à bien cette mission. Puis il descendit les marches, et invita saint Louis et ses compagnons à le suivre.
Tous montèrent à cheval, et après avoir une dernière fois salué le roi immortel et ses conseillers, ils s’en furent sur le chemin, bordé de fleurs brillantes, qui faisaient comme des bandes de couleurs sur le sol.
Bientôt ils passèrent une rivière, et Solcum déclara: Vois, Louis, roi vaillant, l’eau qui coule ici vient de la montagne que tu vois à ta gauche; mais elle y est posée par la Voie Lactée, qui y déverse son eau propre: des fées la mettent dans un lac en la prenant dans des vases d’or; elle a de grandes vertus:
tout mortel s’y baignant pourra guérir de ses blessures infligées par une arme; et les immortels y retrouvent aussi l’intégrité de leur corps, s’ils appartiennent à la race des génies. Car quant aux dieux, ils n’ont pas besoin d’une telle médecine.

Le roi Louis répondit: C’est là pour moi une grande source d’émerveillement. Mais me diras-tu le nom de cette rivière? - On la nomme Olüdrin, fit Solcum, ce qui revient à dire: remède des âmes. Et, il faut que tu le saches, elle a une fille dans le royaume de France. - Quelle est-elle? demanda Louis. - Il s’agit, ô roi, de la Bièvre - de la rivière que vous appelez ainsi. Des gouttes s’échappent d’Olüdrin, semblables à des perles, emportées par le vent - qui à cet égard lui joue des tours -, et elles suffisent à créer chez vous cette rivière!
Le roi Louis fut fort étonné de cette parole; mais il ne répondit rien, et ils continuèrent leur route.
Ce qui advint ensuite ne pourra néanmoins être dit qu’une fois prochaine.