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Saint Louis et les gardes farouches

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fortre.jpgDans le dernier épisode de cette geste obscure, nous avons laissé saint Louis et ses compagnons alors qu'ils étaient emmenés comme prisonniers par le chevalier traître Etalacün vers la forteresse du Maufaé Ornicalc, serviteur d'Ahriman-Mardon, et que, parvenu sous ses murs, ils voyaient le triste spectacle d'hommes, de femmes et d'enfants nus que fouettaient des monstres pour qu'ils en achevassent la construction.

Avec horreur, Louis en vit certains détachés par ces gardiens immondes, et torturés par eux, qui y prenaient plaisir: ils leur faisaient subir d'abominables sévices, puis les tuaient s'ils semblaient ne pas pouvoir retrouver leurs esprits et leur force.

Est-ce donc ainsi que l'on bâtit des empires divins? fit-il.

- Il faut savoir faire des sacrifices et l'on a besoin de ces gardiens immondes, répondit Etalacün. D'ailleurs ces esclaves sont des hommes, des femmes et des enfants qui ont résisté à Ornicalc, et qui ont commis de graves fautes. Ne les crois pas innocents. Personne ne l'est.

- Tu te trompes, et te commets avec ce qu'il y a de pire dans l'univers. C'est toi qui as mille prétextes pour faire le mal, et non Alar ou Ëtön ou son fidèle neveu Solcum.

Etalacün, alors, frappa de son gant ferré le visage de Louis, qui en tomba par terre. Ses compagnons se jetèrent à ses côtés, pour voir s'il était durement blessé, et il avait le visage sanglant: du sang sortait de sa bouche et de son nez. Thibaut de Bar lança: Tu n'es qu'un lâche, Etalacün, un pleutre de la pire espèce! Accepte de combattre loyalement avec moi, et je te montrerai ce qu'il en est!

- Plus tard, répondit Etalacün. Nous arrivons, et je suis sûr qu'Ornicalc a hâte de vous voir.

Les chevaliers de France relevèrent Louis, qui se remit en marche, soutenu par Alphonse de Poitiers et Charles d'Anjou, ses frères. Thibaut soutenait Imbert de Beaujeu, qui n'avait reçu que de brefs soins, et souffrait le martyre, pendant cette marche odieuse. Son teint était pâle comme la mort, et ses yeux devenaient vitreux; il murmurait des paroles insensées, mêlant des souvenirs obsédants et ce qu'il ne percevait plus qu'à peine, autour de lui.

La troupe approcha d'une porte tenue par des gardes, énorme et de fer. Close, elle était sinistre. Des formes étaient gravées dessus, mais saint Louis et ses compagnons ne reconnaissaient pas ce qu'on avait voulu représenter: il s'agissait d'êtres difformes, qui mêlaient plusieurs animaux en même temps, et auxquels on avait donné, par une forme de blasphème, de vagues airs humains, notamment dans la posture ou le visage: car ils avaient fréquemment des yeux qui semblaient fixer avec intelligence les choses, et qui en particulier étaient tournés vers les visiteurs, ceux qui désiraient entrer dans la forteresse. À sa grande horreur, Louis crut voir un de ces yeux s'allumer, un de ces yeux traversés d'une étincelle qui manifestait une volonté, et il se sut scruté, mais il n'eût su dire de quels êtres infâmes.

Les gardes aussi étaient effrayants. Ils étaient trois. Un se tenait de chaque côté de la porte, et un était au milieu, plus grand et plus majestueux que les autres, par son armure et ses ornements. Il était le seul à disposer, à son flanc, d'une épée, qui était longue et dont le fourreau scintillait dans la pénombre qui régnait Cyber_smoke_koncept_mk9_by_pyrodark-d3euzn0.pngau pied de l'immense forteresse. Son pourpoint doré était orné d'une figure gravée de dragon aux yeux de rubis, et son heaume lui recouvrait toute la tête, même le visage. Ses yeux demeuraient sous des lamelles de cristal coloré, et seule une clarté jaune signalait leurs mouvements.

Louis pressentit qu'il ne s'agissait pas seulement d'un ornement, et que ces lamelles étaient en lien intime avec les yeux de chair situés derrière, se mêlaient à eux, et étaient vivants comme eux. Il en voyait la lueur palpiter, se mouvoir, comme s'il s'agissait d'yeux ordinaires. Et il devina qu'il s'était agi de donner aux yeux d'origine de nouveaux pouvoirs, et de les mêler à une machine, de leur permettre de voir au-delà de la vue normale, ou au travers des corps, et de jeter peut-être au-dehors un feu plus âpre que celui que l'œil jette d'ordinaire, moins subtil, plus destructeur. Il s'était agi de faire de ces yeux une arme. Cet homme était à demi une machine, mais si prodigieusement faite qu'elle était aussi vivante qu'un homme, aussi souple, et le métal rutilait et se déployait, sur tout son corps, comme s'il était fait de chair, et que du sang le traversât, l'irriguât!

Il tenait, en outre, une grande lance dans sa main, dont la pointe jetait une clarté, parfois traversée de fins éclairs: une grande puissance semblait l'habiter. La main qui la tenait, dans un gant de fer, semblait chauffée au rouge. Un diamant était à la naissance de la pointe, comme la fixant à la hampe, et luisait également.

Les deux autres gardes avaient aussi une telle lance à la main, mais moins longue, et moins luisante. Leur armure ressemblait à celle de leur chef, mais elle était moins ornée. Celui de gauche avait, gravé sur son plastron, un lion, celui de droite, un dauphin. Leurs yeux aussi brillaient et étaient à demi artificiels. Celui de gauche les avait rouges, celui de droite les avait bleus. Mais une puissance moindre, de nouveau, semblait être en eux, à comparer de ceux du garde qui se tenait devant. Ils n'avaient point d'épée à leur côté, ainsi que nous l'avons dit, mais tenaient au bras gauche un bouclier, luisant et orné d'autres gravures, représentant cette fois des plantes, acanthes et lauriers, s'entrelaçant. Ils avaient belle allure, mais pour Louis, il s'agissait là d'une tromperie, car il savait ces gardes méchants, et au service d'un prince vil.

Cependant il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, car il commence à être long, et d'annoncer pour la prochaine fois l'entrée dans la forteresse d'Ornicalc.


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