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Clik here to view.Dans le dernier épisode de ce récit de croisade du roi saint Louis au pays des fées, nous avons laissé celui-ci alors qu'il entendait de son fidèle Imbert de Beaujeu le récit de la disparition de son frère Robert, comte d'Artois, et de l'implication possible d'une certaine nymphe appelée Silasán, qu'on avait laissée le soigner malgré qu'on sût qu'elle avait ruiné la vie de deux mortels, par excès d'amour.
On l'avait fait parce que, justement à cause de son passé trouble, elle connaissait bien les mortels et ce dont ils avaient besoin pour vivre. Elle était magicienne, Silasán – et savait les secrets par lesquels les blessés étaient remis en santé (voire, dit-on, les morts récents ressuscités).
Mais à présent que Robert d'Artois et elle avaient disparu, on se demandait si on avait eu raison de se fier à la connaissance qu'on pensait avoir de la loi de purification des âmes – et si, par orgueil, on n'avait pas montré un coupable excès de confiance.
On s'en voulait. Mais qu'y pouvait-on à présent?
Il y avait notamment un doute sur ceci, que l'énergie vitale des hommes mortels avait un tel pouvoir d'attirance, sur l'âme de certaines fées, qu'on craignait que Silasán ne fût point parvenue à vaincre à cet égard ses désirs. Car, il faut le savoir, il y a chez les mortels quelque chose qui manque aux génies immortels – une lourdeur qui leur donne de la force, et leur permet de se hisser, paradoxalement, au pur sommet des cieux. C'est à cause de cela, et de monseigneur Jésus-Christ, que saint Louis avait le pouvoir qu'on lui avait Image may be NSFW.
Clik here to view.vu exercer dans les batailles, et qui avait tant étonné le peuple des elfes. C'est pour cela, aussi, que beaucoup de nymphes ont cherché à séduire des mortels – désirant s'emparer du feu pur en eux enfoui, dissimulé sous l'enveloppe qu'ils arborent. Car il luit sous d'épaisses couches de charbon, amoncelées sur l'Homme à l'époque de l'effondrement de la Terre, et de la naissance de la Lune. Cette chute s'est en effet accompagnée d'horribles désastres – et des flammes ont jailli, et des cendres ont volé. Et si les Hommes ont pu renaître dans le nouveau sol alourdi, il leur en est resté une nature avilie – et c'est ainsi que ce qu'on appelle le monde physique est apparu.
Mais voyez le paradoxe: sous ces enveloppes amoncelées, un feu pur, originel et vrai, fut conservé, qui souvent chez les Génies fut dissipé ou entaché. Ceux-ci, au corps léger, étaient à la merci des vents mauvais, des souffles puants de l'abominable Mardon – quoiqu'il n'en parût rien à l'extérieur, parce que leur nature restait noble, faite d'une forme libre, et, comme qui dirait, d'un arc-en-ciel déployé.
Mais en l'être humain, caché au fond de lui, est un feu qui date de l'époque où Saturne était le seul maître du monde, et où l'âge d'or, par conséquent, régnait partout. Et si le corps de l'homme mortel est, lui, à la merci de Mardon, qui le meut presque comme il veut – et comme s'il l'avait créé lui-même, ce qui est un peu le cas; s'il est entre ses mains comme un pantin, il faut savoir qu'en ses tréfonds est une vertu qu'il ne peut atteindre, justement parce que les couches qui l'entourent sont trop épaisses. Et le pouvoir qu'il exerce sur ces couches l'empêche paradoxalement d'atteindre ce feu, tandis qu'il lui est plus accessible chez les Génies, dont la nature est plus proche de la sienne – et donc plus haute mais aussi plus frêle, même si cela paraîtra curieux à plus d'un.
Les Génies avaient d'abord méprisé ces hommes mortels revêtus de boue, d'ordure, de cendres – nés de la fange et entachés. Mais durant les derniers siècles, et l'essor inattendu des Mortels, ils s'étaient penchés sur ce mystère, et certains, parmi les plus sages, avaient deviné leur secret, et compris pourquoi Mardon s'intéressait tant à eux, et ce qu'il essayait en eux de saisir.
Se trouvait aussi expliquée la fascination exercée par les Mortels sur les Fées, qui pressentaient ce feu pur sous leur enveloppe forte. Car il reflétait le feu dont l'univers même s'animait – et l'autorité du père divin. Or, il n'est rien qui exerce davantage d'attraits chez la femme, si elle parvient à le déceler, et il n'est rien qu'elle désire davantage pour elle-même, parce que la légèreté et la netteté de son corps tendent à la rendre vulnérable aux souffles de l'air et au pouvoir de Mardon, qui à son tour la désire pour lui – cherchant à Image may be NSFW.
Clik here to view.peupler de fées son château, pour qu'elles deviennent toutes ses amantes. Même s'il voile ce désir sous le mensonge qu'il aime en elles le reflet de la divinité, et qu'il aspire à travers elles à regagner les étoiles dont il a été chassé, il a pour but véritable d'asservir ces dames et de leur voler leurs feux. Mais il cherche aussi à voler le feu enfoui en l'être humain, devinant que là se trouve en partie le moyen de regagner les royaumes étoilés, et de s'y asseoir sur le trône des mondes, et d'y saisir le sceptre par lequel se créent les choses, comme le fait le Père divin.
C'est là pour l'être humain un double péril: attaqué à la fois par le monstre des profondeurs qu'est Mardon, et les fées de l'air pur que sont les nymphes tentatrices, il les a plusieurs fois crus alliés, ce qu'en un sens ils sont, quoique entre eux ils s'affrontent aussi. Le mal a en effet plusieurs visages qui semblent s'opposer, mais il a de surcroît des degrés divers – de telle sorte qu'on ne peut pas considérer que le péril représenté par Silasán et ses semblables soit aussi grand ni aussi atroce que celui représenté par Mardon et ses affidés, en particulier Ornicalc. Car dans un cas il y a une souffrance purificatrice dont on sort grandi et, dans l'autre, une damnation dont on ne voit pas le bout, une réduction à l'esclavage dont on ne voit point le remède, et le souffle sale des maux dont viennent les derniers désespoirs.
Le rejet de l'esprit pur est en effet fatal à l'être humain, ont dit tous les sages.
Ce sont toutes ces choses qu'Ostön expliqua ce jour-là saint Louis, quoiqu'il fût pressé de retrouver son frère en danger.
Mais il est temps, lecteurs, de laisser là cet épisode, renvoyant à l'action entreprise au prochain, après ces étranges explications.